Il était le grand favori. Il est reparti les mains vides. La 98e cérémonie des Oscars, tenue ce dimanche 15 mars au Dolby Theatre de Los Angeles, a réservé l’une des surprises les plus commentées de la saison : Timothée Chalamet, accompagné de Kylie Jenner, a vu la statuette du meilleur acteur lui passer sous le nez au profit de Michael B. Jordan.
Une soirée sous tension pour Timothée Chalamet
Pendant des semaines, tout semblait joué d’avance. Le comédien franco-américain de 30 ans était partout : affiches géantes, couvertures de magazines, interviews en cascade. Sa performance dans Marty Supreme, dans lequel il incarne un joueur de ping-pong à l’ambition dévorante, avait affolé les compteurs des récompenses de début de saison. Et puis, doucement, quelque chose a commencé à coincer.
D’abord, la polémique. Ses déclarations sur le ballet et l’opéra, qualifiés de « trucs dont plus personne n’a rien à faire », ont fait beaucoup de bruit. Le genre de bruit qu’on préférerait éviter à quelques semaines d’un vote d’académiciens. Conan O’Brien, maître de cérémonie de la soirée, n’a pas raté l’occasion de l’égratigner dès son monologue d’ouverture. Il a même imaginé un renforcement de la sécurité pour contrer « d’éventuelles attaques émanant du monde du ballet et de l’opéra ». Chalamet, sourire crispé au premier rang, Kylie Jenner à ses côtés, a encaissé.
Le personnage antipathique, un piège ?
C’est la question que beaucoup se posent. Comme l’a souligné le chroniqueur Pete Hammond pour Deadline : interpréter un personnage antipathique peut finir par contaminer l’image de l’acteur auprès des votants. Difficile à démontrer, mais difficile aussi à écarter complètement. Ce qui est sûr, c’est que Marty Supreme repart de la soirée sans aucune des neuf statuettes pour lesquelles il était nommé.
Michael B. Jordan sacré dans la catégorie la plus disputée depuis des années
C’est finalement Sinners, le film de Ryan Coogler, qui a raflé la mise côté interprétation. Michael B. Jordan, 39 ans, y joue simultanément deux jumeaux mafieux, vétérans de la Première Guerre mondiale, dans un récit qui mêle blues, ségrégation et vampires comme métaphore de l’exploitation culturelle des Noirs américains. Un double rôle exigeant, unanimement salué.
En remportant l’Oscar, Jordan entre dans un cercle très restreint. Il devient le sixième comédien noir à obtenir ce prix, après Sidney Poitier, Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker et Will Smith. Dans son discours, il a rendu hommage à ses parents et à ceux qui l’ont précédé.
| Catégorie | Lauréat | Film |
|---|---|---|
| Meilleur film | Paul Thomas Anderson | Une bataille après l’autre |
| Meilleur acteur | Michael B. Jordan | Sinners |
| Meilleure actrice | Jessie Buckley | Hamnet |
| Meilleur réalisateur | Paul Thomas Anderson | Une bataille après l’autre |
| Meilleur scénario original | Ryan Coogler | Sinners |
| Meilleure photo | Autumn Durald Arkapaw | Sinners |
Sinners, le film qui a tout raflé côté acteurs
Le long-métrage de Coogler repart avec quatre Oscars au total, dont celui de la meilleure photographie attribué à Autumn Durald Arkapaw, première femme à remporter ce prix en 98 ans d’histoire de la cérémonie. Un moment historique, un peu éclipsé par le feuilleton Chalamet.
La France et quelques moments marquants
Du côté français, on repart quand même avec quelque chose. Le court-métrage Deux personnes échangeant de la salive a remporté le prix dans sa catégorie, après une égalité historique avec The Singers, seulement la septième ex aequo dans l’histoire de la cérémonie.
Quelques autres faits à retenir :
- La ballerine Misty Copeland a dansé sur scène pour tacler indirectement Chalamet, rappelant qu’il lui avait demandé de participer à sa campagne de promo avant ses déclarations controversées.
- Sean Penn remporte son troisième Oscar grâce à Une bataille après l’autre.
- Amy Madigan repart avec la statuette du meilleur second rôle féminin pour Evanouis.
En résumé, c’est une soirée où l’homme que tout le monde regardait est aussi celui qui est reparti sans rien. Et ça, Hollywood s’en souviendra un moment.
