La beauté est subjective, certes. Mais lorsqu’une carrosserie cumule les mauvaises proportions, les lignes incohérentes et un design qui semble sorti d’un cauchemar d’ingénieur, difficile de défendre l’indéfendable. À travers les décennies, certains constructeurs ont produit de véritables aberrations esthétiques qui ont marqué les esprits — pas toujours pour de bonnes raisons. Voici notre palmarès des 20 automobiles les plus laides jamais sorties d’une chaîne de production, avec, parfois, quelques circonstances atténuantes.
20. Trabant
Symbole indissociable de la République Démocratique Allemande, la Trabant fut la première voiture allemande dotée d’une carrosserie en Duroplast, un plastique composite bon marché mêlant résine phénolique et fibres de coton. Conçue dans les années 1950, elle resta en production jusqu’en 1991 sans grandes évolutions. Si elle incarne avant tout un pan de l’histoire européenne — des milliers de Trabant franchirent le mur de Berlin en 1989 — sur le plan stylistique, elle ne plaida jamais vraiment pour elle-même. Rigide, datée, et dégageant des fumées noires épaisses à cause de son moteur deux-temps, elle reste néanmoins un objet de culte nostalgique.
19. Citroën Ami 6
Dessinée par Flaminio Bertoni et commercialisée de 1961 à 1969, la Citroën Ami 6 est un cas d’école du design polarisant. Sa lunette arrière inclinée vers l’avant — à contre-sens de toute logique conventionnelle — lui confère une silhouette que l’on qualifiera poliment d’« originale ». Pourtant, cette bizarrerie assumée lui assura un certain succès populaire en France, notamment dans les campagnes. Elle vendit plus d’un million d’exemplaires. Preuve que la laideur n’est pas toujours un frein commercial.
18. Dacia 1310
Dérivée de la Renault 12, la Dacia 1310 fut produite pendant plus de 35 ans sur le marché roumain et dans les pays du bloc de l’Est. Les tentatives de restylage successives n’ont fait qu’accumuler les couches de maladresses stylistiques sans jamais vraiment moderniser l’ensemble. Heureusement pour les autres marchés, sa diffusion resta essentiellement locale. Un vestige des économies planifiées où l’esthétique n’était clairement pas une priorité industrielle.
17. NSU Prinz
Produit par le constructeur allemand NSU de 1957 à 1973, le Prinz était techniquement intéressant — moteur arrière, construction légère — mais visuellement difficile à défendre. Dans sa teinte verte caractéristique, certains le comparaient à une boîte de sardines montée sur roues. Une métaphore cruelle mais difficile à contredire quand on observe la ligne arrière tronquée et les proportions hasardeuses de la bête.
16. Casalini Sulky
Techniquement, le Sulky n’était pas vraiment une voiture : son moteur de 50 cc l’excluait de cette catégorie. Fabriqué par la société Casalini de Plaisance, il était l’engin de prédilection des jeunes Italiens des années 1970 souhaitant rouler avant l’âge légal. Ses lignes carrées et anguleuses rivalisaient avec l’Ape Piaggio sur le terrain de la sobriété brutale. Pas beau, mais fonctionnel — et suffisamment iconique pour avoir ses fans encore aujourd’hui.
15. Ford Scorpio (2e génération)
La première génération de la Ford Scorpio, lancée en 1985, était honnête sans être excitante. Mais c’est en 1994, lors de l’arrivée de la deuxième génération, que le désastre stylistique se consomma. Les deux énormes phares en amande — surnommés les « yeux de grenouille » — associés à une face arrière disgracieuse et des portes héritées de l’ancienne version formèrent un assemblage proprement hallucinant. La légende veut que certains journalistes, lors de sa présentation, crurent apercevoir un prototype encore camouflé. Ce n’était pas le cas. Elle disparut en 1999 dans l’indifférence générale.
14. Ssangyong Rodius (1re génération)
Lancée en 2004, la première génération du Rodius représente un cas presque clinique de design raté. Ce croisement improbable entre SUV et monospace coréen se distinguait notamment par son pilier arrière en Z, créant une sorte de véranda vitrée qui lui donnait l’allure d’un yacht échoué sur roues. La presse mondiale fut unanime dans sa perplexité. Ssangyong a depuis rectifié le tir sur les générations suivantes, ce qui prouve qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre.
13. Tartan Prancer
Conçue spécifiquement pour le film hollywoodien Vacation (2015), la Tartan Prancer est l’un des rares véhicules de fiction à avoir intégré ce type de classement — et pour cause. Assemblage délibérément monstrueux d’éléments piochés dans les pires pages de l’histoire automobile, elle arborait notamment des porte-gobelets extérieurs, une fontaine à eau intégrée, deux cendriers en métal dans le tableau de bord et un volant amovible. Conçue pour être hideuse, elle atteignit son objectif avec une précision remarquable.
12. Scion xB
Fruit de l’imagination de Toyota, qui préféra la commercialiser aux États-Unis sous la sous-marque Scion pour ne pas associer son nom à ce bloc sur roues, le xB fut produit de 2003 à 2015. Sa forme de parallélépipède parfait lui valut d’être comparé à une boîte à chaussures ambulante. Les teintes de carrosserie criantes ne firent qu’accentuer l’effet. Curieusement, il trouva son public parmi les jeunes conducteurs américains séduits par son espace intérieur généreux.
11. Otosan Anadol
Premier véhicule fabriqué en Turquie à grande échelle, l’Anadol fut produit de 1966 à 1985 par Otosan, une coentreprise turco-britannique. Sous sa carrosserie aux lignes peu convaincantes se cachaient des mécaniques Ford, ce qui lui assurait au moins une fiabilité acceptable. Décliné en plusieurs générations sans que le style s’améliore significativement, il reste aujourd’hui un objet de curiosité pour les amateurs d’automobiles rares et exotiques.
10. Dacia 500 Lăstun
Commandée directement par Nicolae Ceaușescu pour motoriser le peuple roumain, la Dacia 500 Lăstun (« hirondelle » en roumain) fut un exemple parfait de voiture née sous une mauvaise étoile. Fabriquée avec des matériaux de qualité médiocre et une conception rudimentaire, les 6 500 exemplaires produits se dégradèrent à une vitesse inquiétante. Moins de 100 sont encore en état de circuler aujourd’hui, ce qui en dit long sur sa durabilité et, par extension, sur sa qualité globale de fabrication.
9. Renault 9 / Renault 11
Dessinée comme si un stagiaire avait voulu plaire à tout le monde en ne déplaisant à personne, la Renault 9 (1981-1988) représente l’apogée du design consensuel et sans âme. Ses lignes d’une banalité absolue lui valurent pourtant un succès commercial réel — notamment en Espagne où elle fut produite sous licence. La Renault 11, née sur la même base avec l’ajout d’un hayon, tenta d’insuffler un peu de dynamisme à l’ensemble sans vraiment convaincre. À titre de comparaison, les publicitaires de Renault avaient eu la maladresse de comparer la Renault 14 à une poire — au moins elle avait une forme distinctive.
8. Lancia Thesis
La question que tout le monde se posait à sa sortie en 2001 : pourquoi ? Lancia, marque historique aux modèles légendaires comme l’Aurelia ou la Flaminia, signa avec la Thesis un vaisseau amiral au style déconcertant, vendu au prix fort face à des concurrentes allemandes autrement mieux dessinées. Héritière du concept Dialogos, elle intégra notamment une version spéciale pour le Vatican — la Giubileo de l’an 2000 — et fut effectivement utilisée comme papamobile. En sept ans de carrière, elle ne dépassa pas les 16 000 unités produites, confirmant l’ampleur du désintérêt public.
7. Nissan Cube
Conçu au Japon selon une logique de maximalisation de l’espace intérieur, le Nissan Cube fut produit de 1998 à 2019 (dans sa troisième génération). Sa carrosserie asymétrique — notamment sa lunette arrière débordant sur un seul côté — et sa forme de cube parfait en firent un ovni stylistique. Exporté aux États-Unis à partir de 2009, il ne parvint pas à convaincre les consommateurs américains et fut retiré de ce marché dès 2014. Une curiosité qui ne manquait pas d’originalité, mais dont l’aérodynamisme restait… théorique.
6. Fiat Regata
Berline de milieu de gamme produite de 1983 à 1990, la Fiat Regata illustre parfaitement les compromis stylistiques des années 1980 chez Fiat. Sa ligne trois volumes honnête mais terne n’était pas son principal défaut : dans sa version de base, elle était dépourvue de ceintures arrière, d’appuie-têtes et même de compte-tours. La climatisation, l’ABS et la direction assistée étaient des options payantes. Une économie d’équipements qui reflétait les pratiques commerciales de l’époque, mais qui fait sourire rétrospectivement.
5. Fiat Siena / Palio / Albea
Trois noms, une même philosophie : le minimum syndical appliqué à des marchés émergents. Développées à partir de la même plateforme et adaptées aux réalités locales du Brésil, de la Turquie et de l’Argentine notamment, ces berlines héritières de la Duna cumulèrent les ventes sans jamais susciter la moindre émotion esthétique. Fonctionnelles, accessibles, durables — mais belles ? Définitivement non.
4. Pontiac Aztek
Produit de 2001 à 2005, l’Aztek fut un flop commercial retentissant malgré des ambitions marketing élevées. General Motors souhaitait créer un crossover polyvalent capable de séduire une clientèle jeune et aventurière. Le résultat fut un enchevêtrement de volumes mal mariés qui parut vieilli dès sa sortie. En 2010, le magazine Time l’incluait dans sa liste des « 50 pires inventions de tous les temps ». Il est aujourd’hui paradoxalement connu du grand public grâce à la série Breaking Bad, où il était conduit par Walter White — une ironie parfaite pour une voiture qui n’avait rien à perdre en matière d’image.
3. Alfa Romeo Arna
Né d’un accord de collaboration entre Alfa Romeo et Nissan au début des années 1980, l’Arna cristallisa le pire des deux mondes : la mécanique peu fiable d’Alfa Romeo de l’époque combinée à la carrosserie sans charme de la Nissan Cherry. Produite de 1983 à 1987, elle fut abandonnée après seulement quatre ans d’une carrière commerciale désastreuse. Les aficionados de la marque au serpent ne lui pardonnèrent jamais d’avoir dénaturé l’ADN stylistique d’Alfa Romeo. Une enquête du Sole 24 Ore en 2014 la plaça sur le podium des voitures les plus laides de tous les temps. Nous lui décernons ici la médaille de bronze.
2. Fiat Multipla
Régulièrement citée parmi les voitures les plus laides jamais produites — et pourtant défendue avec passion par ses propriétaires — la Fiat Multipla est un paradoxe ambulant. Produite de 1998 à 2010, sa face avant à double étage, avec une marche prononcée entre capot et pare-brise accueillant une rangée de phares supplémentaires, provoqua la stupéfaction à sa présentation au Salon de Genève de 1998. Mais sous cette apparence déroutante se cachait une voiture genuinement innovante : six places sur deux rangées dans un encombrement compact, un habitacle lumineux et généreux, et une modularité rare pour l’époque. Time la classa parmi les « 50 pires voitures de tous les temps » — elle fut pourtant un succès commercial notable.
1. Fiat Duna
La couronne revient à la Fiat Duna, et ce n’est pas nous qui l’affirmons en premier : Lapo Elkann lui-même, héritier de la famille Agnelli et fin connaisseur de l’univers automobile, la désigna publiquement comme « la Fiat la plus moche de tous les temps ». Produite de 1985 à 2000 pour les marchés sud-américains et importée brièvement en Europe de 1987 à 1991, elle se distinguait par une malle arrière disproportionnée qui lui donnait l’allure d’une voiture qui aurait subi une mauvaise opération chirurgicale. Cible de mèmes et de satires dans le monde entier, elle reste malgré tout une pièce d’histoire automobile — unique en son genre, et pas uniquement pour de mauvaises raisons.
