Pourquoi les personnes qui regardent peu la télévision sont souvent plus épanouies

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Par Clara
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Pourquoi les personnes qui regardent peu la télévision sont souvent plus épanouies

Voilà un sujet qui agace. Parce qu’il touche une habitude bien ancrée dans beaucoup de foyers français. En 2011 déjà, les Français passaient en moyenne près de 4 heures par jour devant leur télévision. Depuis, les plateformes de streaming ont pris le relais. Mais des études en neurosciences et en psychologie pointent toutes dans la même direction : moins on regarde, mieux on se porte.

Ce que dit la science sur la consommation de télévision

Le chercheur en neurosciences Michel Desmurget a consacré un livre entier à la question, « TV Lobotomie », en s’appuyant sur des centaines d’études scientifiques. Le bilan est peu flatteur pour le petit écran. Les enfants exposés à une télévision trop précoce ou trop intense développent plus de difficultés de concentration, de langage et de socialisation. Chez les adultes, les effets sont plus insidieux mais bien réels.

Une étude canadienne de référence, publiée dès 1986, avait déjà montré comment l’introduction de la télévision dans des communautés qui n’en avaient pas encore eu modifiait les comportements sociaux, le rapport à l’ennui, et la capacité à s’inventer des activités. La conclusion était sans appel : regarder la télévision remplace des comportements actifs par des comportements passifs.

Qu’est-ce que les petits consommateurs de télé font à la place ?

C’est là que ça devient intéressant. Les personnes qui regardent peu la télévision ne passent pas leur temps à méditer en lotus dans une pièce vide. Elles remplissent ce temps différemment. Et c’est souvent ce « différemment » qui fait la différence sur le bien-être.

Les recherches en psychologie positive, notamment les travaux de Martin Seligman autour du modèle PERMA (émotions positives, engagement, relations, sens, accomplissement), montrent que le bien-être s’alimente de moments actifs et relationnels. Regarder une série pendant trois heures n’est pas une activité engageante au sens où elle stimule ces dimensions. C’est une activité de consommation passive.

Ce que les études observent chez les faibles consommateurs

  • Une pratique sportive ou physique plus régulière
  • Des relations sociales plus nourries (sorties, conversations, activités partagées)
  • Une plus grande capacité à tolérer l’ennui, donc à créer
  • Un sommeil souvent de meilleure qualité (la télévision le soir retarde l’endormissement)
  • Un rapport plus actif à leurs centres d’intérêt, loisirs ou projets personnels
ComportementFort consommateur TVFaible consommateur TV
Temps de sommeilSouvent réduit ou décaléGénéralement plus stable
Activité physiqueMoins fréquentePlus régulière
Relations socialesInteractions souvent réduitesDavantage entretenues
Rapport à l’ennuiTolérance faibleCapacité créatrice plus développée
Santé mentaleRisque accru d’anxiété et de dépression (données sur usage excessif)Sentiment d’accomplissement plus présent

Mais attention à ne pas jeter le téléviseur par la fenêtre

Il faut être honnête : supprimer la télévision ne règle pas tout. Des chercheurs l’ont bien dit, si la télé disparaît, quelque chose d’autre prendra sa place. TikTok, YouTube, les réseaux sociaux. Le vrai sujet, ce n’est pas le téléviseur en soi. C’est la passivité qu’il peut entretenir quand il devient le remplissage automatique du temps libre.

Je me souviens d’une période où j’allumais systématiquement la télé en rentrant, même sans avoir envie de regarder quoi que ce soit. Le bruit de fond me semblait rassurant. C’est seulement en supprimant cette habitude pendant quelques semaines que j’ai réalisé à quel point ça occupait un espace mental sans rien apporter. Le silence d’abord inconfortable, et puis finalement… libérateur.

Et les films, les documentaires, les bonnes séries ?

Personne ne dit que tout ce qui passe sur un écran est nuisible. Des études montrent que certains contenus, regardés de façon consciente et engagée, peuvent avoir des effets positifs sur l’humeur, l’empathie, voire la santé mentale. La différence tient dans l’intention. Choisir activement ce qu’on regarde, s’arrêter quand c’est fini, ne pas enchaîner en pilotage automatique. C’est toute la nuance.

Au fond, les personnes qui regardent peu la télévision ne sont pas plus vertueuses. Elles ont juste, souvent par curiosité ou par goût d’autre chose, développé d’autres façons de passer leur temps. Et ces façons, elles, alimentent davantage les moteurs du bien-être : l’engagement, les relations, le sentiment d’accomplissement. C’est aussi simple que ça.

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